LES BASES DE L'ETRE INTERIEUR 10bis - Jésus face a la souffrance de l’individu Introduction La souffrance touche toute personne, et toute la personne. On souffre à tout âge, partout et dans toutes les cultures. Les réactions à la souffrance sont différentes : au Mexique, on enterre les morts en criant ; en Algérie, on fait venir les pleureuses ; en France, on reste dans le silence. Mais au fond, toute personne réagit de la même manière, avec l’inquiétude, la colère, le découragement… Et si l’intensité de la souffrance diffère selon les personnes – une hépatite virale est plus douloureuse à vivre qu’un torticolis-, toute souffrance est néanmoins douloureuse. « Jésus…, Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux que le diable avait asservi à sa puissance ; car Dieu était avec lui » (Ac 10. 38) Le Seigneur était en présence de nombreuses souffrances. Qu’en pensait-il et comment réagissait-il ? Notre souffrance A la question des disciples : « Qui a péché, celui-ci, ou ses parents, pour qu’il soit devenu aveugle ? » (Jn 9. 2), le Seigneur répond que c’est pour que les œuvres de Dieu soient manifestées. Dieu avait répondu à Job un peu de la même manière, sans donner à comprendre le pourquoi de la souffrance, mais en y montrant l’intervention divine. Par contre le Seigneur, partout où il passe, propose d’apporter guérison, délivrance et paix, intervenant sur ceux que « Satan avait liés » (cf Lc 13. 16 et Job). Les évangiles décrivent la souffrance du trop (la femme qui avait une perte de sang, Mc 5. 25), ou du manque (deuil du chef de synagogue, Mc 5. 35), par excès ou par défaut, dans son corps, l’être « extérieur » (2Co 4. 16) ou dans l’être « intérieur » (la souffrance de Marie, Lc 2. 34). On souffre du manque de continuité : la maladie, la mort, les obstacles au déroulement d’une vie idéale (Ezechias a demandé un prolongement de ses jours, Es 38. 3). On souffre de l’origine supposée des choses : pourquoi cette épreuve, pourquoi moi, que veut le Seigneur ? (Zacharie, père de Jean-Baptiste, ne croit pas l’annonce de l’ange). On souffre des conséquences de nos actes, du regard que nous avons sur nous-mêmes, quand il est en deçà de celui de Dieu, ou au-delà (Pierre en perplexité, acception de personnes, Ac 10. 17). L’idée d’un individu sans douleur et d’un monde sans souffrance serait celle d’un enfant sans limites parentales, ou d’un adulte sans l’expérience du tragique. Mais la souffrance a sa raison d’être, qui n’est pas donnée aux hommes de connaître, pour l’instant, mais dont le fait est marqué : « A vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui » (Ph 1. 29) Dans le NT, deux termes grecs « astheneia » (faiblesse) et « pathema » (épreuve) décrivent deux aspects d’une même réalité. L’homme est faible, et face à une puissance étrangère qui le diminue, il est placé devant un choix : accuser Dieu et se mettre sous l’emprise de l’ennemi, ou reconnaître que les circonstances sont dans la main souveraine de Dieu. Questions | Quel est le regard que nous portons sur nos souffrances ? (Esaïe 44. 19) | | Quelle est notre démarche par rapport à Dieu dans les circonstances difficiles ? (Jérémie 13. 22) | | Quelle est l’image que nous avons de Dieu quand nous souffrons ? | Le Seigneur face à la souffrance Dans les évangiles synoptiques, nous voyons le Seigneur enseigner (Matthieu), agir (Marc) et vivre (Luc). Dans l’évangile de Jean, il rencontre des personnes. En voici quelques unes : - Les parents (Jn 2) : perte de contrôle de la situation. Voici la souffrance de Marie (Joseph n’est pas nommé) qui ne comprend pas son fils. Le Seigneur n’est pas montré comme prenant le temps d’expliquer les choses, et sa réponse est courte et sèche. Et pourtant, on ne doute pas que l’amour dicte les paroles du Seigneur. Dans notre vie, on est troublé par la nécessité de dire quelque chose à quelqu’un sans ambages. Pourtant, il faut parfois le faire.
- Les responsables religieux (Jn 3) : besoin d’authenticité. Nicodème, qui vient de nuit voir le Seigneur, se cache pour le faire. Il était dit à la synagogue qu’il ne fallait pas fréquenter ce Jésus, sous peine d’être exclu (Jn 9. 22) De plus, il parle au nom des chefs religieux : « nous savons que tu es un docteur venu de Dieu » (Jn 3. 2), ce qui une manière de se protéger, puisqu’il n’est pas mandaté par les Juifs pour cela. Mais il veut savoir, il est interpellé par les miracles que fait le Seigneur, et sa conscience lui parle. Le Seigneur ne répond pas à son entrée en matière, comme souvent, d’ailleurs, mais va à l’essentiel. Comment réagirions-nous si le Seigneur faisait cela avec nous ? Peut-être le qualifierions-nous d’indélicat…
- Les marginaux (Jn 4) : union libre. Ils sont nombreux, aujourd’hui, comme ils l’étaient à l’époque. Cette femme de Samarie va puiser son eau à l’heure où le soleil est le plus chaud, ce qui indique peut-être sa difficulté à vivre en société, eu égard à sa situation. Face à sa souffrance, le Seigneur est très simple, humain, en exprimant son besoin, sa soif, et en ouvrant la discussion. Le résultat est là : cette femme n’hésite pas à aller à la ville et témoigner de ce qu’elle a vécu. La souffrance de ceux qui se sont détournés peut être augmentée par le regard que nous pouvons avoir sur eux. Est-il un regard de jugement ou d’aide, de disponibilité ?
- Les malades (Jn 5 ; 9) : paralytique, aveugle. Quand le Seigneur rencontre un malade, il le guérit. Il peut le faire, parce qu’il est Dieu. Mais il ne guérit pas toujours… Chez lui, à Nazareth, « il ne put faire là aucun miracle, sinon qu’il imposa les mains à un petit nombre d’infirmes et les guérit. Et il s’étonnait de leur incrédulité. » (Mc 6. 5-6) Guérir relève de la puissance de Dieu. Mais recevoir la guérison relève de l’homme et de la foi. De plus, la maladie est là, dans la main de Dieu, utile et féconde (Trophime, Epaphrodite…) L’onction d’huile (Ja 5. 14) est à demander par le malade. Mais c’est aussi aux chrétiens de l’enseigner et de le pratiquer.
- La foule (Jn 6) : comportement de « mouton », recherche de l’intérêt immédiat. Ce n’est pas nouveau, non plus. On fait souvent comme les autres. Quand on est nombreux, on se sent mieux, et pourtant « Celui qui pèche contre moi, [dit la sagesse], fait du tort à son âme. (Pr 8. 36) Qui dit tort dit blessure, et qui dit blessure dit souffrance. Face à cela, le Seigneur se retire (Jn 6. 15), puis quand il est rejoint par la foule, lui parle longuement, tenant compte des questions et remarques. Il ne s’offusque pas de leur comportement, mais leur fait remarquer : « Ne murmurez pas » (Jn 6. 43)
- Les Pharisiens (Jn 7 ; 10) : avarice, orgueil, endurcissement. Ils doivent être mal, de toujours s’estimer meilleurs que les autres (Lc 18. 11), et pour cela de toujours devoir se surveiller et s’accorder une bonne note. Ils doivent être seuls, parce qu’ils recherchent la puissance, les premières places (Mt 23. 6 ; il n’y en a pas pour tout le monde…) Leur avarice les empêche d’être bénis de l’amour qu’on donne, et selon 1Co 13. 2-3, ils ne sont rien, ce qu’ils font ne leur est d’aucun profit. Comment voit-on qu’on est pharisien, ou légaliste ? Quand on juge ou critique les autres (Ro 14. 3) Face à eux, le Seigneur parle
- Les pécheurs (Jn 8) : mondanité. La femme adultère est condamnée par tous, elle attend la sentence de la part de ceux qui envisagent de la lapider. Culpabilité, peur, honte et angoisse doivent l’habiter, et en même temps, colère contre ceux qui l’accusent si elle ne leur reconnaît pas le droit de la condamner. Le Seigneur intervient, sans qu’on puisse le mettre en porte à faux, puis il libère la femme de toute condamnation, avec toutefois une recommandation : « Va et ne pèche plus ». Cette parole seule pourrait emprisonner la femme, qui ne sait comment ne pas pécher. Elle est suivie de cette affirmation libératrice : « Moi, je suis la lumière du monde ».
- Les disciples (Jn 13-16 ; 20-21) : ignorance, doute, comparaison, reniement. Pierre s’engage auprès du Seigneur à le suivre jusqu’au bout (Jn 13. 37). Il ne connaît pas encore de quoi il est capable. Il coupe l’oreille droite de l’esclave du souverain sacrificateur (Jn 18. 10), et le Seigneur le reprend. Il renie trois fois le Seigneur, et le Seigneur le regarde (Lc 22. 61), puis le restaure (Jn 21. 15) ; il se compare à Jean, le Seigneur le reprend (Jn 21. 21). Thomas doute, le Seigneur s’adresse personnellement à lui (Jn 20. 27)
Conclusion Le Seigneur a été aussi face à la souffrance de Paul. Il lui a montré par Ananias combien il devait souffrir en tant que chrétien (Ac 9. 16) et Paul dit « considérer comme bonnes ses infirmités » (2Co 12. 10). Il rappelle les gloires associées aux souffrances (Ro 8. 17) ainsi que la consolation du Seigneur (2Co 1. 7) Il souligne également la nécessité d’accomplir ce qui reste « des afflictions du Christ pour son assemblée » (Col 1. 24) Le face à face avec le Seigneur ressuscité lui a donc donné paix et perspectives. « Quand vous aurez souffert un peu de temps… » (1Pi 5. 10) De même, Pierre, qui a tant souffert en vivant avec le maître témoigne de ce qu’il a vécu. Il nous montre que l’épreuve est: - La manifestation de notre foi : « Etant affligés maintenant pour un peu de temps, …, afin que l’épreuve de votre foi… soit trouvée tourner à louange… » (1Pi 1. 7)
- Le lieu de l’expérience de la communion avec Dieu : ne pas rendre l’outrage, mais « s’en remettre à celui qui juge justement » (1Pi 2. 21-23)
- Le lieu de la béatitude de l’action utile : « si vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux » (1Pi 3. 14)
- Le lieu de la réflexion : « Que nul d’entre vous ne souffre comme meurtrier ou voleur » (1Pi 4. 15)
- Le lieu de la patience pour une construction éternelle : « Le Dieu de toute grâce… quand vous aurez souffert un peu de temps… vous établira sur un fondement inébranlable » (1Pi 5. 10)
Il n’y a pas de regret dans sa bouche (2Co 7. 10). Il ne revient pas sur ce qui a été mal vécu, mais il envisage la souffrance comme un lieu riche de la rencontre avec Dieu. Retenons que le Seigneur a averti, encouragé, porté, repris, restauré et appelé Pierre face à ses souffrances.
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