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On parle souvent des silences de Dieu, mais pas de la surdité des hommes ! (Michel Boujenah)
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Jésus-Christ face à sa propre souffrance Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

LES BASES DE L'ETRE INTERIEUR
10 : Jésus-Christ face à sa propre souffrance

 

Introduction

Notre Seigneur a souffert toute sa vie. Pour l’Islam, c’est inacceptable, mais pour le Christianisme, c’est la marque de l’amour de Dieu pour l’être humain. Considérer les souffrances du Seigneur, c’est :

  • Connaître le Seigneur, notre Dieu, notre sauveur, celui qui n’a pas honte de nous appeler ses frères, ses amis.
  • Comprendre l’humain : le Seigneur a souffert, « nous laissant un modèle » (1Pi 2. 21)
  • Comme le Seigneur, vivre la souffrance dans le plan de Dieu : « il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8. 31), « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (Ac 9. 16)
  • Être transformé par cette contemplation, « en la même image » (2Co 3. 18)

 

Circonstances : les premiers temps

La naissance : Le Seigneur naît d’une mère célibataire, et celui qui épouse sa mère, Joseph, se propose de la répudier en secret. Il naît dans une étable, est couché dans une crèche, là où naissent les animaux, et de curieux événements se produisent à ce moment : une étoile dirige des mages de l’orient jusqu’à lui, et ceux-ci lui offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. (Mat 2. 10-12) Cela se sachant, on peut envisager l’incompréhension, l’admiration cupide ou la jalousie du voisinage. Un ange et la multitude de l’armée céleste apparaissent aux bergers pour les avertir de la naissance du Sauveur. Eux, l’ayant vu, « divulguent la parole qui leur avait été dite » (Lc 2. 17) A Bethléhem, on imagine facilement la réputation du petit enfant, qui ne commence pas sa vie comme les autres. Quand il a huit jours, et qu’il est présenté au temple, sa maman entend dire « une épée transpercera ta propre âme » (Lc 1. 35) Voilà qui a dû marquer Marie, et qui a certainement des conséquences sur le Seigneur. Quand Hérode voit qu’il a été trompé par les mages, il fait tuer tous les enfants de moins de deux ans à Bethléhem. Que penser des réactions des familles qui savent qu’à cause de lui, les enfants de son âge sont morts ? Partis quelques mois en Egypte, puis revenus à Nazareth, en terre familiale, il y vient avec un parcours bousculé.

L’adolescence : A douze ans, le Seigneur est, à Jérusalem, devant les docteurs de la loi. Douze ans, c’est l’âge où, de même que le corps se transforme, l’être devient responsable devant Dieu : l’âge de raison. Les religieux s’étonnent de son intelligence et de ses réponses. Décidément, cet enfant n’est pas comme les autres. Comment l’a-t-il vécu ? Avec ses parents, le Seigneur était confronté à des situations paradoxales : être aux affaires de son Père tout en leur étant soumis (Lc 2. 51), communiquer la réalité des choses sans être compris (Lc 2. 50).

Au baptême : Jean-Baptiste ne veut pas le baptiser, et le Seigneur doit argumenter pour l’être. (Mt 3. 13) Il est baptisé « avec tout le peuple » (Lc 3. 21), et sur lui seul le ciel s’ouvre, l’Esprit Saint descend sous la forme d’une colombe et une voix le désigne comme Fils bien-aimé. Que penser des réactions de ceux qui l’ont entouré ? On l’estimait fils de Joseph (Lc 3. 23). Il avait des frères et des sœurs ; que pensaient ceux-ci de sa naissance ? Qu’avaient dit Marie et Joseph à leurs enfants, à leur entourage ? S’ils n’avaient rien dit, imaginons la solitude de Jésus, de ne pas leur faire connaître la vérité.

 

Circonstances : son ministère

Au désert, les débuts

Jésus est tenté par le diable, après quarante jours de jeûne (Lc 4. 2), donc de souffrance dans le corps. Le Seigneur accepte d’être tenté par le diable : Dieu fait homme éprouvé par une de ses créatures… Sa renommée se répand dans tout le pays, en Galilée. (Lc 4. 14-15) Mais nous apprenons par ailleurs qu’il « ne se fiait pas à eux parce qu’il connaissait ce qui était dans l’homme » (Jn 2. 24-25) A la synagogue de Nazareth (Lc 4. 16-30), les siens essaient de le tuer.

Face à ses disciples

Sur le lac de Galilée, et pendant qu’il dort, ses disciples sont inquiétés par la tempête. Etant réveillé par eux, il les reprend. (Mat 8. 23-27) Le Seigneur « se retire » quand il apprend la mort de Jean Baptiste. (Mat 14. 13) Les disciples ne comprennent pas ce que le Seigneur veut leur dire : à propos du levain, après la multiplication des pains (Mat 16. 8), à propos de ses souffrances à venir (6x dans les évangiles synoptiques)  Que ressentait le Seigneur à ce moment-là ? Il les laisse aller après les avoir enseignés (Jn 6. 67) Pierre est un impulsif ; à la transfiguration (Mat 17. 4) il agit avant de savoir ce qu’il doit faire. Le Seigneur doit supporter l’incrédulité de ses disciples qui ne peuvent pas chasser le démon (Mat 17. 1) Deux jours avant la Pâque, Marie de Béthanie lui fait l’offrande du parfum de grand prix. Les disciples sont indignés. Le Seigneur appelle ses disciples (Mat 10. 1-4) sachant que l’un d’entre eux les livrera. Il « mange » la Pâque avec celui qui le livrera (Mat 26. 21) Qu’éprouve-t-il quand il leur dit : « Vous serez tous scandalisés en moi cette nuit » (Mat 26. 31) ? Et quand il avertit Pierre de son reniement ? Le Seigneur note l’encouragement de ceux qui ont « persévéré avec lui dans ses tentations » (Lc 22. 28), mais aussi leur dureté de cœur parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. (Mc 16. 14)

Face aux pharisiens

Ils viennent à lui, le plus souvent « pour l’éprouver ». Ils le surveillent, cherchant comment l’accuser. Ils font courir des bruits sur Lui, pour l’éloigner du peuple : « Il chasse les démons par le chef des démons » (Mat 9. 34) Le Seigneur les interpelle progressivement : « Allez, et apprenez ce que c’est que : je veux miséricorde et non pas sacrifice » (Mat 9. 13), puis : « Si vous aviez connu ce que c’est que : je veux miséricorde et non pas sacrifice » (Mat 12. 7) Il connaît leurs projets : « Et les pharisiens tinrent conseil contre lui pour le faire périr » (Mat 12. 14). Il chasse les marchands du temple. Les chefs du peuple le reprennent  quand les enfants se réjouissent à son égard (Mat 21. 15).Ils contestent son autorité. Il leur dit : « Les publicains et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu » (Mat 21. 32). Il connaît leur méchanceté (Mat 22. 18), et pour conclure, il leur dit six fois « malheur à vous » (Mat 23).

Face à la foule

Jésus dit que la fille du chef de la synagogue n’est pas morte. « Et ils se riaient de lui » (Mat 9. 24) A la multiplication des pains, il est « ému de compassion » il voit la foule qui est « comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mc 6. 34)

Face à sa famille, ses proches

« Un prophète n’est pas sans honneur, si ce n’est dans son pays, et parmi ses parents, et dans sa maison » (Mc 6. 4) Il y a l’opposition familiale (Jn 7. 5), l’incompréhension de Marthe (Lc 10. 40). A Béthanie, il souffre des réactions occasionnées par la mort de Lazare. (Jn 11. 33-35)

Seul

L’incompréhension des hommes est à son comble en Gethsémané, quand Pierre, Jacques et Jean ne l’accompagnent pas dans sa tristesse et son angoisse (Mat 26. 38). Son âme est troublée. (Jn 12. 27) Il est seul face à Judas et la foule qui viennent l’arrêter (Mat 26. 47), face aux faux témoins et à la corruption des sacrificateurs. (Mat 26. 67) Il donne la possibilité à Pilate d’agir justement en l’avertissant : « Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi s’il ne t’était donné d’en haut » (Jn 19. 11), mais ailleurs, il ne lui répond pas (Mat 27. 14). Il ne répond pas non plus à Hérode. (Lc 23. 10) Il est seul face aux moqueries et aux tortures des soldats (Mat 27. 27-38), seul sur la croix avec les passants qui l’injurient, même Dieu l’abandonne pour le jugement de nos fautes.

 

Quelques réactions du Seigneur soulignées

La souffrance dans le plan de Dieu.

Il savait dès l’éternité qu’il allait souffrir. Il est « l’agneau préconnu dès avant la fondation du monde » (1Pi 1. 19) La souffrance est liée à l’amour qu’il manifeste. Elle est donc nécessaire, utile et féconde. Il la souligne chez la femme qui va enfanter (Jn 16. 21) et annonce que la tristesse sera changée en joie (Jn 16. 20). C’est aussi ce qu’il ressent. Il est donc normal d’être triste, quand les circonstances sont difficiles, mais la joie, « le fruit paisible de la justice » (Hé 12. 11), vient après.

La souffrance a montré la perfection du Seigneur.

« Car il convenait pour lui, à cause de qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses, que, amenant plusieurs fils à la gloire, il consommât le chef de leur salut par des souffrances » (He 2. 10) « Quoiqu'il fût Fils, a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes » (He 5. 8) La souffrance manifeste aussi l’état de notre foi.

Avant la souffrance,

  • L’action : « Et il leur dit: J'ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre » (Lc 22. 15) La souffrance n’empêche pas d’agir ; au contraire, celui qui la porte communique la grâce. 
  • La prière : « Père, s’il était possible que cette coupe passe loin de moi… » (Mat 26. 42)
  • La tristesse et l’angoisse : Le Seigneur montre ses états d’âme, sans retenue et sans excès. Et nous ?

Pendant la souffrance,

  • L’amour démontré, la communication, la patience : « Ami, pourquoi est-tu venu ? » (Mat 26. 50)
  • La colère : « Lorsqu'on l'outrageait, ne rendait pas d'outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1Pe 2. 23) L’outrage que le Seigneur subit demande réparation. Cette forme de colère trouve son accomplissement dans la manifestation de la colère de Dieu.
  • La pureté de pensée : « Il a méprisé la honte » (He 12. 3) On ne peut pas nier un sentiment, mais juger la pensée qui le provoque. Le Seigneur n’a pas regardé son anéantissement, mais s’est occupé à servir (Ph 2. 6). Ayons donc  « cette pensée qui a été dans le Christ Jésus » (Ph 2. 5)
  • La joie, source de puissance : « A cause de la joie qui était devant lui » (He 12. 3) C’est le plan de Dieu qui occupe ses pensées, avec les fruits en perspective (Ps 126. 5-6).

Après la souffrance,

la disponibilité, la compassion, l’écoute, la répréhension : « Car, en ce qu'il a souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés. » (He 2. 18)

 

Conclusion

« Armez-vous de cette même pensée que celui qui a souffert dans la chair s’est reposé du péché pour ne plus vivre le reste de son temps dans la chair pour les convoitises des hommes, mais pour la volonté de Dieu » (1Pi 4. 1) Le Seigneur a souffert, et il nous dit : « L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jn 15. 20) La vie est un combat, et non une partie de plaisir. La place de la souffrance dans la vie du Seigneur en montre l’importance. Mais il y a une grande joie à combattre, et à vivre la souffrance pour Dieu, avec comme perspectives le Seigneur comme modèle et sa puissance en nous. Et la souffrance n’est que pour un temps, préparant la somptueuse robe de la mariée.

 

 
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