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en cas de crise... Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

une lectrice nous envoie ce magnifique poème de Michel Quoist.

En temps de crise, les journaux nous abreuvent de tant de pessimisme... qui font échos à tant de souvenirs malheureux... de souffrance vécue...

et pourtant, Il est là, Il peut entendre notre plainte, Il peut donner un sens à nos pour quoi.

Je porte trop lourd, Seigneur, ça ne pouvait pas durer

Je porte trop lourd, Seigneur,
Ca ne pouvait pas durer!
Mais ce soir je crois enfin avoir trouvé
ce que depuis longtemps
tu attendais de moi.

Mon chemin de vie n'est pas très long, Seigneur
mais mon passé chargé
J'ai reçu tant de coups sur mes routes quotidiennes
et vécu tant d'événements
qui m'ont fait mal
m'ont révolté,
Ou bien inscrit dans mon âme des remords tenaces
Que les souffrances se sont accumulées
en mon coeur trop grand.
Les greniers en sont pleins,
et les caves remplies.
Et tout au fond, comme un cadavre enterré,
ce lourd secret...
- Le mien ou celui d'un être cher-
mille fois piétiné
mille fois recouvert
mais qui bouge toujours
au moment où enfin je le crois à jamais terrassé.

Je porte trop lourd, Seigneur,
Ca ne pouvait pas durer!

Je porte trop lourd,
et j'en ai mal au dos
Je me fais de la bile
et j'en ai mal au foie
Je ne peux pas digérer les épreuves
et j'en ai mal à l'estomac.

Et tous ces événements Seigneur,
qui me coupent l'appétit,
Qui me font faire du mauvais sang
Qui me paralysent
Qui me donnent mal au ventre
Qui me rendent sourd ou m'aveuglent...
Tous ces maux au coeur
qui me font mal au corps
et me laissent affaibli,
déprimé,
M'empèchent de dormir...
et de me réveiller...
Seigneur, il fallait m'en délivrer,
car je porte trop lourd,
ça ne pouvait pas durer.

J'ai tout essayé...
en vain.

On m'a dit Seigneur,
que les petites souffrances très vite s'évanouissent
et que les grandes douleurs
avec le temps s'estompent.
Qu'il fallait être courageux et ne plus y penser
car le passé est passé et doit être oublié.
Et j'ai lutté, tu le sais.
J'ai maintes fois tenté de tourner la page
pour ne plus regarder
Mais d'un coup de vent chaque fois s'est rouvert
l'album de photos de mes souvenirs anciens.

J'ai tenté de cicatriser mes blessures,
de mille baumes conseillés.
Belles idées,
beaux sentiments
Et même élans de foi et de prières répétées.
Mais au moindre choc de la vie,
les plaires se sont rouvertes.
Elles ont saigné.
Il fallait tout recommencer!

J'ai cru pendant un temps enfin y parvenir.
Orgueilleusement j'ai dit "c'est fait"
car j'ai tout accepté et je n'y pense plus...
Mais les souvenirs et les souffrances enterrées,
en moi vivaient toujours.
Comme plantes sauvages,
leurs racines demeurent,
et quand je tente d' arracher,
leurs feuilles et leurs fruits,
vigoureuses elles repoussent
dans le champ de mon coeur.
Mes larmes les arrosent.
Elles se développent.
Elles m'envahissent.
Elles m'étouffent.
Mangent la vie,
me laissent déprimé,
Et pénètrent même entre les pierres
de mes fondations,
murs épais,
que je croyais solides
mais qui butalement,
par pans entiers s'écroulent.

Et pourtant Seigneur,
quelque fois je me crois libéré.
Je n'ai plus de souvenirs douloureux...!
Je peux enfin dormir.
Mais la nuit hélas,
mon corps brutalement s'agite
car les fantômes de ces souvenirs
sortent de leur cachette
et déguisés de mille et folles façons
en mes rêves ou mes cauchemars
dansent leur farandole
Je me réveille fatigué.
Je me lève épuisé.

Je porte trop lourd, Seigneur.
Ca ne pouvait pas durer.

Mais ce soir...
Est ce que je rève, Seigneur?
Je crois enfin avoir trouvé
ce que depuis longtemps tu attendais de moi.
Car j'ai lu par hasard
cette phrase de psaume
imprimée sur une image pieuse :
Jette ton souci sur le Seigneur
et Lui-Même te soutiendra (Ps4)
Et je crois qu'à travers ces mots
c'est toi qui m'a parlé.

O Seigneur pardon
pour tout ce temps perdu
Pour ces mille souffrances
Et ces découragements
Pour ces sinistres plaintes
Et ces folles révoltes
A cause de cette vie enfermée
refoulée
gaspillée
qui en mon coeur pourrissait
Fumier privilégié de mes mauvaises herbes.

O Seigneur pardon, car Tu étais là
Tu m'attendais pour porter avec moi,
... et porter le fardeau
Comme un père qui aide son petit enfant
Et entre les mains lui laisse seulement,
Juste ce qu'il peut soulever.
Mais je ne te voyais pas
car je regardais mes souffrances.
Je ne t'entendais pas,
car j'écoutais le bruit de mes larmes,
et seul,
orgueilleusement,
je voulais tout garder.

O Seigneur pardon, car Tu étais là
Tu m'attendais pour me prendre en tes bras
Me soulever
Me porter,
en même temps que porter mes bagages.

Mais il fallait Seigneur,
Que j'accepte enfin d'avoir vécu tout ce que j'ai vécu
Et que librement je te le donne
Car Tu ne prends pas de force
Ce que l'on ne veut pas te donner.

Me voici enfin,
Devant Toi, Seigneur,
à bout de souffle
à bout de vie,
Je veux Te donner TOUT
... Mais sans toi Seigneur,
je le sais,
Je ne pourrai y parvenir.

Aide-moi Seigneur, je T'en supplie
Car il me faudra beaucoup de temps
pour tout déraciner
mais sans rien arracher
Beaucoup d'efforts pour tout déménager
mais sans rien garder,
de ce que malgré tout je voudrais conserver
Beaucoup d'humilité pour tout révéler
de ce que je voulais cacher.
Il me faudra beaucoup de temps
pour m'habituer à Te donner chaque jour
Toutes les petites et lourdes pierres de mon chemin
Celles sur lesquelles je bute,
Celle que l'on m'envoie
par inscouciance ou méchanceté
Celle que je lance aux autres
et qui sur moi reviennent.

Aide-moi Seigneur
Devant les difficultés de ma vie
celles d'hier
et celles d'aujourd'hui
A regarder sans crainte
plutôt qu'à détourner les yeux
A déterrer
plutôt qu'à enterrer
A oser me souvenir,
plutôt qu'à tenter d'oublier
Et même à sentir et ressentir ce que j'ai éprouvé,
plutôt qu'à refouler.
Car je ne pourrai Te donner,
Que ce à quoi je consens
ce que je tiens entre mes mains tremblantes
et que Toi
tu attends pour toujours m'en libérer.


Je portais trop lourd, Seigneur,
Ca ne pouvait pas durer...
Mais tu m'as invité
à vider chaque soir le sac de mon coeur.
Alors je serai
Comme le petit enfant dans les bras de son père
dans les bras de sa mère
Qui a tout dit de ses peines
et qui s'endort en paix,
parce qu'il se sait aimé
et que l'amour de ses parents
est plus fort que tout.

Ps 54; Ps 30; Mat11,28 + 29; Ps 31; Ps 4

Michel Quoist, "Chemins de prières"

 
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